Mali : l’ombre du médiateur Compaoré

BC-camporeEn visite au Mali début juillet, le président Blaise Compaoré a certainement mesuré l’ampleur de sa popularité dans le pays voisin, où son rôle dans le retour à la paix au Mali est largement reconnu. Un succès régional qui devrait servir Compaoré chez lui au Burkina, où il est confronté à une opposition hostile au projet de réforme constitutionnelle qu’il envisage, et dont l’issue devrait probablement aboutir à sa réélection pour un troisième mandat.

Regroupée dans un front de partis aux obédiences politiques divergentes, l’opposition conteste farouchement le projet du président. Pour les opposants, l’amendement de l’article 37 de la Constitution est destiné à ouvrir la voie à Blaise Compaoré pour briguer un nouveau mandant présidentiel en novembre 2015, après près de trois décennies au pouvoir. Toutefois, même si elle tente de présenter une image d’union, l’opposition part sérieusement divisée dans son bras de fer avec le clan présidentiel. Zéphirin Diabré, ancien ministre et chef de l’Union Pour le Changement (UPC), est l’une des figures les plus en vue de l’opposition. Il a réussi à réunir autour de lui d’autres ténors comme Hama Arba Diallo, le président du Parti pour la Démocratie et le Socialisme/Parti des Bâtisseurs (PDSMETBA), arrivé en 2ème position lors de l’élection présidentielle de 2010. Bénéwendé Sankara, président de l’Union pour la renaissance/Parti Sankariste, fait lui aussi partie de cette coalition réunie à la hâte.

A ces formations de l’opposition traditionnelle, se sont joints d’anciens partisans de Compaoré. En début d’année, d’ex-lieutenants du chef de l’Etat avaient précipitamment quitté le parti présidentiel, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), après avoir été convaincus des intentions de Blaise Compaoré de briguer un troisième mandant. Cette perspective contrariait leurs propres ambitions politiques. Roch Christian Kaboré, l’ancien chef du parti présidentiel a été parmi les premiers à rejoindre le camp des contestataires. Il est soutenu par l’ancien maire de Ouagadougou, Simon Compaoré. Le nouveau parti qu’ils ont crée, le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP), compte également l’ancien ministre Victor Tiendrébéogo.

Dans le camp d’en face, les partisans de Compaoré, menés par le CDP affichent toutefois une résistance à toute épreuve. Le 21 juin dernier, les inconditionnels du président ont fait preuve d’une grande capacité de mobilisation en faveur du référendum. Au grand stade de Ouagadougou, qui accueille 35.000 personnes, les retardataires n’ont pas trouvé leur place. Le camp des pro-compaoré est d’autant plus audible parmi la population qu’il n’a pas de peine à communiquer sur les réalisations du président. Dans le domaine économique, les programmes de développement de l’activité agropastorale ou ceux de soutien aux PME ont eu un impact certain sur l’amélioration de la condition de larges couches sociales, même s’il reste beaucoup à faire. Mais c’est surtout en matière de sécurité et de normalisation politique que le rôle de Blaise Compaoré est unanimement salué. Aujourd’hui, le Burkina fait figure d’un havre de stabilité dans une région sahélienne tourmentée par les rébellions et la prolifération des mouvements terroristes et séparatistes.

Dans le voisinage du Burkina, l’empreinte de Blaise Compaoré est encore plus perceptible. Sa médiation comme facilitateur de la réconciliation dans la crise ivoirienne en 2007 et, actuellement, son rôle dans l’apaisement de la situation au Mali, lui ont valu la stature de conciliateur dans les conflits de la sous-région. Au Mali, où il a été investi par la CEDEAO comme médiateur, Blaise Compaoré est considéré comme le véritable artisan de l’accord de Ouagadougou de juin 2013. Et beaucoup de maliens se sentent redevables à l’engagement personnel de Blaise Compaoré dans l’instauration du cessez-le-feu entre le gouvernement de Bamako et les groupes rebelles et séparatistes du Nord.

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