Gabon : la question de la peine capitale relancée sur fond d’émotion populaire

Au Gabon, le débat sur un éventuel rétablissement de la peine de mort refait surface depuis jeudi 8 janvier, après la médiatisation de plusieurs crimes rituels ayant profondément choqué l’opinion publique. Abolie en 2010, la peine capitale n’a plus été appliquée dans le pays depuis 1985, mais les autorités ont rouvert la discussion dans un contexte de forte tension émotionnelle.

Lors de la cérémonie de vœux à l’administration, le président de la transition, Brice Oligui Nguema, n’a pas exclu la possibilité d’un retour de la peine de mort. Il a toutefois précisé que cette réflexion devait être portée par « le peuple souverain », annonçant son intention de confier au Conseil économique, social, environnemental et culturel (Césec) l’organisation d’une consultation populaire, sans en détailler les modalités.

Un peu plus tôt, le président du Césec, Guy-Bertrand Mapangou, avait appelé à « relancer le débat », estimant que la réclusion criminelle à perpétuité ne constituait plus une réponse dissuasive suffisante face à la gravité de certains crimes, alors que des appels en faveur de la peine capitale se font de plus en plus entendre.

Cette perspective suscite néanmoins de vives critiques. Pour le sénateur Marc Ona Essangui, l’abolition de la peine de mort constitue un acquis démocratique déjà tranché. Des organisations de défense des droits humains, comme SOS Prisonniers, dénoncent une démarche « irresponsable » dans un système judiciaire exposé aux erreurs et aux pressions politiques. Selon elles, la peine de mort ne prévient pas le crime et risque de conduire à des injustices irréversibles.

Leur priorité, soulignent-elles, reste le renforcement de l’indépendance et des moyens de la justice gabonaise.